« La bande annonce », épisode deux : où l’histoire prend enfin tournure !
- patrickblain
- il y a 7 jours
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C'est l'histoire d'une longue marche vers un reportage dont l'ambition tenait pourtant en peu de mots : montrer les Fidjiens déplaçant des villages entiers en réponse à la montée des eaux et au dérèglement climatique. La première partie de ce récit détaillait ce qui a constitué, depuis Nouméa, le menu de deux années de stop ! suivis de go !. Mais elle s'achevait sur la perspective positive d'un voyage de repérage dont il était permis d'attendre beaucoup. L'objet de cette deuxième partie. Ou comment, malgré quelques péripéties avant l'envol, cinq jours à Suva, la capitale, ont d'avantage fait pour la cause que les 730 qui les avaient précédés.
Le premier épisode de « La bande annonce » se terminait au pied de la passerelle du vol Nouvelle-Calédonie - Fidji, deux archipels qu’environ trois heures suffisent à relier. Mais dans les contrées où s'écrit cette histoire, bien fol est qui se fie à une carte d’embarquement.
Fiji Airways avait la première apporté sa contribution au célèbre « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? » Par deux fois, la compagnie a modifié, sans explication, les horaires des vols intérieurs prévus entre Nadi (on dit « Nandi ») et Suva. Même si 130 kilomètres seulement séparent le hub international de la capitale, située à l’autre extrémité de l’île principale de Viti-Levu, la plupart des voyageurs parcourent la distance par la voie des airs. L’alternative en taxi est à peine moins chère, et le trajet en bus aussi lent qu’inintéressant. Je le sais : je l’ai emprunté, il y a quelques décennies. Le voyage prend plusieurs heures et si la route n’oublie aucun portail ou bunker d’accès aux grandes enseignes hôtelières du littoral, elle ne donne jamais à voir l’océan. De quoi faire taire (un peu) les réticences environnementales.
Air Calédonie International (Aircalin, en langue « têtembas ») a pris la relève. A J-3, quelques volontaires désignées par notre compagnie monopolistique se saisissent de leur téléphone et de leur courage pour informer les passagers du Nouméa-Papeete via Nadi d’un retard d’une demi-journée. Une paille, même pour la région du monde qui a inventé le temps de la même variété que les montres de Dali : molle. Forcément, ça agace. « Fiabilité zéro, scénario récurrent ! ». Aux cris du coeur succèdent les arguments du chauffeur-livreur garé au milieu de la rue dans le quartier du Sentier (« Je bosse, moi ! ») : un rendez-vous-clé au matin du premier jour, le temps sur place incompressible. Comme sa formation et la récurrence des faits le lui ont enseigné, ma Cassandre est restée stoïque avant de juger que le moment d’intervenir était arrivé. Le plan B qu'elle propose consiste à passer par Sydney, et d'enchaîner par une correspondance vers Nadi qui préserve l’essentiel : arriver à Suva par la dernière navette. Pour ceux qui n’ont pas une carte de la région sous les yeux, il m’est demandé de rallier Paris à Helsinki en faisant un crochet par le Maroc, avec en bonus la perspective d’une journée pleine dans les airs. Peu enthousiasmant. Mais ai-je le choix ?

La nuit est d’encre et des pluies de mousson ont détrempé Suva. Au volant d’un taxi carré comme Toyota ne les fabrique plus depuis un demi-siècle, le chauffeur qui ne manque pas un Grand Prix de F1 slalome entre les baïnes. Sur la banquette arrière où les ceintures pendent inertes faute du « clic » salvateur, j’ai les jointures des doigts blanches à force de crispation. Mais il faut croire que les anges gardiens veillent même sur les agnostiques. Après trois quarts d’heure de tourments, la réceptionniste du Peninsula Hotel (Suva est sur une presqu'île) fait baisser la tension en confirmant une réservation à mon nom. « Je n’y ai jamais dormi mais les collègues m’ont dit que cet hôtel est correct pour le prix, et il est central. Vous pourrez faire beaucoup de déplacements à pied ». Après le ciel, il me faudra aussi penser à remercier Anina V. pour ses préconisations.
Le siège de la Société allemande pour la coopération internationale (GIZ) est effectivement à portée de marche, selon Waze. Mais comme l’avait constaté Jean-Pierre Raffarin en arrivant à l’hôtel de Matignon en 2002 : « la route est droite mais la pente est forte ». Sous un ciel saturé d’humidité, les bosses dont est hérissée la capitale fidjienne s’avèrent vite éprouvantes. Heureusement, la climatisation du gros bloc de béton anthracite marqué des trois lettres rouge est efficace. À peine la personne de l’accueil m’a-t-elle proposé un fauteuil qu’une silhouette blonde précédée d’un sourire lumineux fait son apparition. « Bonjour. Vous voulez un verre d’eau ? Un café ? » Anina V. n’en sait évidemment rien mais dans toute sa banalité, l’énoncé de cette phrase de bienvenue est d’une portée immense. L'attestation que deux années d’efforts sont sur le point de trouver leur légitimation. Qu'après des mois d’une existence limitée à une adresse mail, cette femme élégante qui me propose maintenant de nous installer dans la salle de réunion est bien réelle.
Anina V., ou l’officialisation de ce que « La bande annonce » va enfin entrer dans la phase 2.
Anina V. n’est pas Allemande, mais Suisse allemande, précise-t-elle dans un anglais sans accent. Éprise d’horizons internationaux, elle a fait ses classes au sein de la GIZ au Soudan puis aux Philippines. L’antenne fidjienne est sous sa responsabilité depuis un an et demi. Le rôle de la GIZ, explique-t-elle, consiste à proposer une aide logistique aux pays dans leurs initiatives de développement. A Suva, c’est l’agence qui est chargée d’actualiser lors de chaque opération les textes du Standard operating procedures (SOP), le document qui répertorie en temps réel les règles à suivre pour une relocalisation réussie. C’est elle également qui tient l’agenda de la task force interministérielle, puis rédige la synthèse de ses travaux.
La GIZ ne finance pas directement les opérations de relocalisation de villages mais l'une de ses missions, stratégiques, consiste à recruter des organismes financeurs. Lancée voilà quelques années, une taxe sur le tourisme de luxe alimente un fonds souverain dédié par l’État fidjien à l’environnement. Mais le compte est loin d’y être. « Une relocalisation coûte en moyenne entre 1,5 et 2 millions d’euros », révèle mon interlocutrice. Or les temps sont difficiles. Deux opérations seulement sont en cours, grâce notamment à l’aide de la Nouvelle-Zélande et d’une ONG. « Au-delà,, plus rien n’est prévu ». Pensées muettes pour mon reportage/tournage. Mais Anina V. enchaîne déjà.
A Cogea (prononcer « Donnguéa »), sur la grande île voisine de Vanua-Levu, le processus approche de son terme. Le calendrier vise une relocalisation en juin 2025. « Un peu court pour nous », fais-je observer. Ce serait pourtant la meilleure opportunité car l’autre opération est plus sensible, redoute Anina V. Les habitants de Nabavatu (prononcer « Nambavatu »), endeuillés par un

glissement de terrain lors du terrifiant cyclone Winston en 2016, ont été expulsés sans ménagement de leurs logements. Depuis neuf ans, ils vivent dans des tentes, exaspérés par les promesses non tenues du précédent gouvernement dirigé par l’autoritaire Franck Baïnimarama. Le déménagement est attendu en fin de cette année encore mais Anina V. craint que le gouvernement ne soit pas très chaud pour adosser un documentaire à cette opération.
C’est la seule nouvelle contrariante de la matinée. Car en digne représentante de la fiabilité helvétique, ma bienfaitrice semble avoir tout prévu.
Un rendez-vous dans les mêmes locaux avec le responsable des relocalisations au ministère de l’Environnement, au menu du lendemain matin.
Deux mails de recommandation, qu’elle rédige en ma présence. Le premier est destiné à une société locale de production audiovisuelle, X’Isles, régulièrement sollicitée par les autorités fidjiennes sur des sujets environnementaux. Le second est à l’adresse d’un sociologue qui intervient systématiquement sur les questions de genre, une présence dont les Fidjiens ont ressenti la nécessité après les couacs des débuts.
Ma bonne fée attire aussi mon attention sur la riche documentation du département de l’information du gouvernement. Photos et vidéos dédiées aux effets du réchauffement climatique y sont nombreuses, et gratuites.
Enfin, preuve de l’intérêt porté à notre projet, Anina V. évoque la possibilité d’une prise en charge par la GIZ de la traduction et du sous-titrage en anglais du documentaire.
Difficile d’imaginer mieux ! « Bula Vinaka ! », comme on l’entend à longueur de journée ici. L'expression signifie bonjour, bonne santé, belle vie, merci, mais en mieux. Je regagne l’hôtel, le cœur et le pas légers. Au téléphone depuis Papeete où va débuter la 22e édition du Festival international du film océanien (FIFO), Cathy M. ne boude pas son plaisir. D’autant qu’un mail signé de l’un des deux patrons de X’Isles atteste déjà de l'intérêt des producteurs vidéo pour le projet. Nous convenons de nous en dire plus au Mana Coffee, au sortir de mon rendez-vous ministériel. Dans l’attente de ce lendemain qui m’enchante déjà, que faire de mieux sinon partir à la rencontre des lieux de ma félicité nouvelle où, à ce qu’il se dit, tout se découvre à pied –à condition de ne pas oublier un parapluie ?
Suva n’est pas une ville qu'on qualifierait d'élégante. D’ailleurs, Suva n’est pas une ville depuis très longtemps, même si elle est connue comme la première ville de l’archipel, vers 1870. On y parle anglais, on y circule à gauche comme à Londres et, à l’anglaise, l’efficacité a été le maître-mot de son urbanisation. Immense, un terrain de cricket bosselé s’étend au long d’une construction massive comme l'époque victorienne les a produites à la chaîne sur tous les continents. Jusqu’à l’indépendance, en 1970, le bâtiment regroupait les principaux services de l’administration britannique. Quelques tours d’habitation ont poussé depuis, toisant des édifices religieux dédiés à une palanquée de cultes, et quelques belles maisons d’époque préservées de la voracité des termites. Le reste relève d'une architecture laissée à l'initiative des donneurs d'ordre successifs, il s'y trouve même des traces du swinging London le plus échevelé. Pas grand monde, visiblement, ne s'est soucié de l'esthétique du front de mer. Entretenus par des cieux ne lésinant pas sur l’arrosage, quantité de parcs et de jardins se chargent en revanche de donner une apaisante dominante verte à la ville.
Mais à contre-courant du Fidji des palaces vampant les vacanciers, il émane de l‘hétéroclite Suva et de son mépris pour le paraître une énergie et une authenticité qui la rendent plus qu'attirante : désirable. Sur les trottoirs étroits de l’hypercentre, les hommes d’affaire australiens en chemisette croisent des étudiants locaux à la tenue impeccable, garçons et filles uniformément parés de cette longue jupe grise repassée sans un pli nommée « sulu ». Trouver un café ou un bar demande une connaissance fine du terrain ; et la même rareté affecte les passages pour piétons, qui seraient pourtant bien pratiques pour rejoindre l'autre côté de la rue au vu de l'allure à laquelle des bus, certains sans fenêtres mais tous pimpants, sillonnent la cité. A l'inverse, l'endroit arbore une large collection de logos d'institutions internationales et d'ONG qui comptent, preuve de l'importance stratégique prise par le Pacifique, surtout anglophone, dans la donne diplomatique. Et s'il faut un autre exemple de la considération accordée à cette Genève en paréo, il se trouve dans les espaces de coworking, l'alignement des laptops de dernière génération derrière lesquels se sont regroupés, par affinités linguistiques, des jeunes diplômés de tous les continents. Le vent souffle dans le dos de Suva, et il est intéressant de noter que le carré français n’est pas le moins fourni.
Reste que la tradition est la tradition, après un siècle de british rule ; et qu'une errance dans la capitale ne saurait être complète sans la minute de recueillement devant le temple consacré à la seule religion à même de mettre tous les Fidjiens d’accord : un cottage crème au 35, Gordon Street sobrement estampillé « Fiji Rugby » et « Rugby House ».
« I hope I can call you Pat ! »
Matereti Mateiwai est un personnage-clé dans la réussite de ce que j’appelle désormais mon ou notre projet. Au sein de la Climate Change Division (CCD) du ministère de l’Environnement et du Climat, il est celui qui a la haute main sur le volet relocalisation des villages. Cette familiarité qu’installe sa première intervention est de bon augure, et la suite le confirme. « Nous avons reçu pas mal de médias, imprimés ou vidéo. Mais depuis ma prise de fonction, c’est la première fois qu’un journaliste vient s’asseoir devant nous pour expliquer ce qu’il entend faire. Jusqu’à présent, l’équipe était déjà sur place et avait tout planifié Nous sommes très heureux de votre démarche. » J’incline la tête en signe de reconnaissance. Dans la culture mélanésienne, je sais l’importance que revêtent les formes. Au-delà de la quête d’un maximum d’informations quasiment impossibles à obtenir sans être sur place, mon voyage visait aussi à faire en sorte d’établir un rapport de confiance avec les interlocuteurs que je serai amené à rencontrer.
Ayant dit, Matereti Mateiwai rembobine le film et retrace avec une légitime fierté la genèse de la réimplantation des villages initiée par son pays. Anina V. avait longuement abordé le même sujet la veille mais ce n’est pas le moment de froisser quelqu’un qui semble aussi bien disposé. D’autant que le haut-fonctionnaire aime la précision, et procéder par ordre. Cela se déduit de la manière qu’il a de choisir le terme juste, et de son art de revenir à son sujet lorsqu’une question l’en a un tant soit peu éloigné. Mais cette heure de cours va tout de même ajouter des éléments significatifs à ma compréhension du sujet.
De 42 villages recensés comme « à risque » lors de la première approche voilà une vingtaine d’années, le nombre de communautés ayant demandé à être relocalisées a bondi à 160 ! Malgré cette pression, mon interlocuteur confirme que, faute de financement, les deux opérations en cours sont bien les dernières planifiées. Pourtant, la montée des eaux est une réalité désormais partagée par les riverains du Pacifique : le responsable des relocalisations a été récemment contacté par des représentants de l’Alaska, désireux d’en savoir plus sur la méthode fidjienne.
Enfin, et ce n’est pas la moindre nouvelle, Matereti Mateivai infirme le pronostic d’Anina V. Les villageois de Nabavatu, sur l’île de Vanua-Levu, « seront chez eux à Noël ». Il précise que 37 maisons restent à bâtir, sur un total de 80. « Le déménagement aura lieu en novembre sans doute et vous êtes les bienvenus pour filmer ! »
Dans l’euphorie du moment et après avoir exprimé ma gratitude au nom de l’équipe, je m’enhardis. Serait-il envisageable que le gouvernement rédige une lettre de recommandation ? Cela renforcerait nos chances d’obtenir les faveurs de notre bailleur de fonds. La surprise le fait tiquer un instant, puis il affirme qu’il évoquera cette éventualité au ministère.
Comme la veille, je quitte les lieux dans un état proche de la lévitation. Le mana, dont le café où m’attend Joji Nabalarua porte le nom, est cette force sacrée qui guidait déjà les Polynésiens bien avant l’arrivée des missionnaires. Au deuxième matin de mon séjour à Suva, le popa (un étranger blanc en langue polynésienne) que je suis ne peut qu’être reconnaissant à un mana aussi favorable.
Joji a le gabarit d’un troisième ligne et la poignée de main chaleureuse du fan de rugby. Pendant vingt ans, il a œuvré comme photographe à la Commission du Pacifique (SPC), un équivalent de l’Unesco pour les États insulaires du Pacifique. Après avoir sillonné le grand océan dans toutes ses dimensions, il a co-fondé X’Isles avec un ami journaliste. Leur entreprise produit et réalise des reportages et des documentaires, avec un penchant affirmé pour les sujets liés à la coutume comme à l’environnement. X’Isles a signé des sujets sur quatre des six relocalisations de villages effectuées à ce jour. L'an dernier, l’équipe a été sollicitée pour produire la première sitcom de l’histoire du pays. De courtes saynètes de la vie quotidienne qui ont manifestement plu aux téléspectateurs de Fiji One : la chaîne nationale a commandé une saison 2, raison pour laquelle son compère Larry Thomas s’est retiré sur l’île de Taveuni, le bijou de l’archipel, afin d’écrire les scénarios. Joji assure la partie technique. Drone, GoPro sous-marine, la prise de vue est son domaine.
A son tour, le patron-vidéaste veut tout savoir de notre projet, de ma présence, de mon blog. « Very interesting », lâche-t-il de temps à autre. Emportés par l’enthousiasme, nous évoquons les domaines de collaboration possibles, production, contenus, archives. Joji se dit ouvert à tout et assure, au nom de son associé, que la société serait très heureuse de participer à l’opération Nabavatu. Une nouvelle heure s’achève que je n’ai pas vue passer. Les idées peuvent-elles réellement prendre vie aussi simplement que ça ?
Sur les conseils de Cathy M., je profite du Wi-Fi du Peninsula pour faire suivre à mes interlocuteurs le fichier PDF du dossier de présentation remis au Fonds Pacifique. Une version anglaise est en cours de traduction. Je les assure qu'elle leur sera expédiée dès que possible. Puis mes pas me mènent de nouveau vers cette ville que le petit train des bonnes nouvelles me fait d’autant plus apprécier. Depuis Nouméa, j’avais pris deux rendez-vous avec des interlocutrices concernées par les projets de développement durable et leur financement. Le premier est honoré dans la foulée. Le second a été fixé au lendemain matin, un vendredi.
À l'instar de la GIZ, l’Agence française de développement (AFD) aide à l'initiation comme à la réalisation de projets vertueux dans le monde. Protection des coraux, des mangroves, certains de ces projets sont au menu de nos documentaires. Pour plus d’efficacité, l’antenne Pacifique de l’agence a récemment détaché une collaboratrice à Suva, à l’évidence « the place to be ». Elodie V. a depuis quelques mois son bureau dans une petite maison ancienne jouxtant un de ces espaces de coworking déjà évoqués. Dans l’attente de la décision du Fonds Pacifique, la rencontre n’a pas d’objet précis. Lorsque je propose de lui faire parvenir le document relatif aux quatre documentaires, Elodie V. suggère que la nature de nos projets justifierait que je me fasse connaître de l’ambassade de France.
Aussitôt dit, aussitôt adopté. Toujours secondé par ma fidèle appli, je remets le cap sur le cœur de la cité -où m'attend une énigme : le numéro de rue est introuvable. Seule hypothèse, après avoir arpenté le quartier : qu’il ait été attribué à cette tour de bureaux banale, dont le seul accès possible se trouve dans un centre commercial. Tout à la curiosité de découvrir à combien d’années-lumière l’antenne locale de la diplomatie française peut se trouver des ors du quai d’Orsay, j’avise un agent de sécurité en faction devant une porte d’ascenseur. « Oui, c’est bien ici. Mais l’ambassade ferme à 14 heures le vendredi ».
Mi-goguenard, mi-dépité, je décide que le musée national, repéré deux jours plus tôt au cœur des luxuriants Thurston Gardens, fera mieux qu’une destination de compensation. Pour cet itinéraire qui remet le cap sur un quartier un peu périphérique, le parapluie est de sortie ; mais ce qu"il aurait aussi fallu prévoir, ce sont les bottes d’égoutier, qui auraient pourtant été utiles pour venir à bout des derniers hectomètres.
« Le musée se visite en une heure maximum, assure Trip Advisor, car l’endroit ne propose que quelques salles ». C’est une chance, si j’ose me le dire. Car même si l’administration fidjienne débauche un peu plus tard que la diplomatie française, mon temps de visite est limité : les portes ferment dans une demi-heure. L'’espace intérieur est modeste, comme annoncé. Les thèmes des expositions étant hétérogènes –vestiges archéologiques, un peu d’histoire maritime, une vitrine dédiée à la mode –, le sentiment dominant est celui d’un saupoudrage.
Mais il y a toujours une récompense pour celle ou celui qui pousse la porte d’un de ces lieux de mémoire. Le visiteur tombe d’entrée sur la première avec une réplique grandeur nature d’une des gigantesques pirogues à balancier équipées d'un abri grâce auxquelles les Polynésiens ont essaimé dans les mers du sud, vers Hawaï, l’île de Pâques (Rapa Nui) ou Aotearoa -l’autre nom officiel de la Nouvelle-Zélande.
Il y a surtout cet assemblage de quelques planches de bois vermoulu encore tenues par des boulons en fin de vie. La récompense prend tout son sens lorsqu’on se penche sur le cartel. Il s’agit du safran du Bounty. Après la mutinerie, connaissant le sort réservé aux mutins, Fletcher Christian et ses fidèles avaient mené le vaisseau pris à la couronne britannique jusqu’à l’île désertique et très mal cartographiée de Pitcairn. Le bâtiment avait été démantelé pour servir de matériaux de construction, et le rebut incendié. C'était le 23 juin 1790. Comment s’explique le miracle de la préservation de cette relique et de sa présence à plus de 5 500 kilomètres des lieux historiques ? Le sujet mériterait assurément un documentaire.
Et depuis Fidji ?
La version anglaise du fichier PDF de « La bande annonce » a été finalisée et envoyée à Anina V., Matereti Maitevai, et Joji Nabalarua.
En dépit de deux relances, le gouvernement fidjien n’a pas – pas encore ? – donné de suite à la demande de lettre de recommandation.
A l’inverse, X’Isles a produit un document de soutien que Cathy M. a joint au dossier.
Le 4 mars, Joji nous a envoyé par mail un article du Fiji Sun prévoyant la fin de la construction de dix maisons supplémentaires à Nabavatu en juillet.
Cathy M., Fabien D. et moi sommes toujours dans l’attente de la décision du Fonds Pacifique, annoncée dès l’origine comme devant être rendue entre la fin mars et le début avril.
(À suivre)